Témoignage sur le confinement

 

 

 

TEMOIGNAGE, par une paroissienne de St Joseph des Thermes

 

Après une semaine passée en famille début mars, avec nos enfants et notre petite fille, loin des médias, nous avons atterri durement le mardi suivant à midi : le confinement était déclaré. Plus de contact avec les proches, les amis. Nous allions changer de vie.

« Restez chez vous » nous a-t-on répété à longueur de journée.

 

Oui, nous l’avons fait volontiers car c’était pour le bien de tous, pour empêcher la propagation de ce virus, protéger des personnes, et aussi protéger les soignants des hôpitaux pour qu’ils ne soient pas débordés et qu’ils puissent accueillir les malades dans les meilleures conditions.

Et puis, nous pensions prendre le temps enfin, de faire des choses inhabituelles : bricolage, lectures, rangements etc…

 

Oui, nous acceptions de rester à la maison. Mais tout à coup, nous réalisions que tous nos projets personnels mais surtout nos projets paroissiaux (réunions diverses, les rencontres de carême, la préparation de la semaine sainte), tout s’arrêtait… Je me suis sentie tout à coup perdue, dépossédée de quelque chose, dépouillée, impuissante face à l’ampleur du fléau. L’église fermée, plus de messe, plus d’assemblée. L’impossibilité de voir nos enfants et petits-enfants, nos amis, nos connaissances, nos prêtres. Une impression de cataclysme, de tempête, de bouleversement !

 

Bien sûr, on donne le change vis à vis de ses proches, de ses enfants, on pense à ceux qui sont en première ligne face à ce virus, les soignants, les malades et leurs familles. On se dit que nous ne sommes pas les plus à plaindre, les plus malheureux. On cache notre angoisse ; oh pas pour nous personnellement, mais pour les autres, pour ceux qui doivent aller travailler, aller soigner les malades.

 

Dans les premiers jours, il m’était même difficile de prier, car l’actualité était très présente, trop présente. Informations en boucle sur les différentes chaînes de TV. Quand l’angoisse est là, il est impossible de se concentrer, d’avoir une tranquillité d’esprit, un certain recul pour analyser ce qui se passe réellement. Alors on choisit de faire des activités manuelles plutôt que des activités intellectuelles de réflexion ou des lectures.

 

Puis progressivement, les choses se mettent en place, un certain équilibre arrive avec une organisation des journées plus structurée. Une écoute des informations à certaines heures seulement, des lectures, des activités manuelles, observer la nature, écouter et regarder les oiseaux, prendre des photos insolites et les partager.

Et aussi se mettent en place des liens avec nos frères prêtres : messe quotidienne au Prieuré avec l’Evangile et l’homélie enregistrés et diffusés sur le site de la paroisse, messe à midi retransmise à la radio. Puis les messages hebdomadaires en vidéo.

Nous nous sentons alors membre d’une grande communauté. Nous ne sommes plus seuls et c’est comme si nous nous mettions en marche, et nous sommes vraiment unis dans la prière. Ce sentiment est très fort et nous l’exprimons dans nos messages.

 

Des coups de fil et des mails aux connaissances, à la famille, aux amis pour avoir des nouvelles nous permettent d’avoir un semblant de vie sociale.

 

 

 

 

 

Ce confinement se situe dans la période de préparation à la grande fête de Pâques, point culminant de l’année liturgique !!! Et cette année, période très spéciale puisque aucun rassemblement ne peut se faire, et ceci partout dans le monde !

 

Le Carême, temps de jeûne, de prière et de partage. Ces trois mots résonnent de façon très particulière.

Le jeûne : privation des relations familiales et amicales, des sacrements.

La prière qui nous rapproche les uns des autres, qui sera vécue pour la première fois en famille à domicile pendant la semaine sainte.

Le partage : c’est le point le plus difficile car comment partager quand nous sommes séparés ? Si ce n’est partager le confinement avec celui qui est avec soi. Partager veut peut-être dire aussi regarder l’autre différemment, être plus attentif à lui que d’ordinaire, se rapprocher de lui. Oui certainement. Mais je crois que partager c’est aussi prier et cela je peux le faire.

Prier pour les victimes de ce virus, pour leurs familles, prier pour les soignants, les dirigeants qui doivent prendre des décisions, pour sa famille, pour les personnes âgées coupées de leurs enfants, isolées. Prier pour les malades que nous connaissons et ceux que nous ne connaissons pas. La prière est sans frontière et aujourd’hui plus particulièrement elle porte bien le qualificatif d’universelle comme notre Église. Intense émotion de voir le Pape François seul, face à cette place vide. Et pourtant, ce moment a été vécu avec un étrange et profond sentiment de communion avec notre pape et tous ceux qui assistaient à sa prière et sa méditation. En fait il n’était pas seul, nous étions tous avec lui. Ses paroles nous enveloppaient et Dieu était là.

 

Un dimanche, j’ai été frappée par le silence de la ville, un silence pesant et pas du tout apaisant car trop de victimes, de malheurs, de souffrance.

 

Après trois semaines de confinement, la mélancolie arrive malheureusement. Ce sentiment d’impuissance, d’inutilité en restant chez soi, du manque d’envie, d’angoisse malgré tout face à l’ampleur de cette épidémie touchant tous les pays.

 

Alors que pouvons-nous faire ? Sinon prier pour les uns et les autres, les confier au Seigneur. Rester confiants, comme cet enfant de trois ans qui va déposer devant son père et ses grands-parents une médaille de la Sainte famille et une Vierge. C’est comme s’il nous disait : n’ayez pas peur ! Nous ne sommes pas seuls. Le Seigneur est avec nous.

 

J’ai la chance de vivre ce temps de confinement dans une maison avec jardin donc je n’ai pas le sentiment d’être enfermée. Je ne suis pas seule puisque je suis en couple. Je n’aime pas aller faire les courses donc, dans ce domaine, le confinement ne me prive pas. Mais ce qui me manque le plus c’est de ne plus voir mes enfants, de ne plus avoir la visite de ma petite fille et l’entendre babiller, de ne plus pouvoir lui lire des livres, l’embrasser, la faire rire, aller la promener. Et puis ne plus voir mes amis, être avec eux, vivre certains événements, des célébrations etc… C’est cela qui me manque le plus.

Alors, comment les rejoindre en dehors des caméras et des téléphones si ce n’est par la pensée et en vivant cette Semaine Sainte en union de prière avec tous les chrétiens et être dans l’espérance.

 

publié le 8 avril 2020

Remerciements aux soignants ©